search menu facebook instagram twitter

Current


Antonin De Bemels

Un étalage étrangement familier

16.09 » 08.10 / Le Clignoteur

Ouverture 15.09 – 18h30

vendredi 15.09 – 18h30

OUVERTURE

jeudi 28.09 – 20h00

CINéCLUB

vendredi 06.10 – 20h00

REMANENCE


Lors de son séjour au Clignoteur, Antonin De Bemels étalera une partie de l’œuvre de son alter ego Bonhomme Daniel – masques, dessins, sculptures – , et tentera d’y apporter un éclairage nouveau à l’aide de sons et d’images projetées. Un étalage étrangement familier dans lequel chaque visiteur reconnaîtra peut-être une partie de lui-même



Percevoir l’installation d’Antonin De Bemels. Faire taire la tentation d’interpréter. Appréhender les formes, les images et les sons. Contourner les personnages. Imposer le silence au dictat du consensus. Faire la paix avec la tentation d’interpréter. Confronter. Etre seul ou à plusieurs dans l’émotion. Sommes-nous les sujets ? 

Toute la recherche d’Antonin De Bemels a pour origine la question de la subjectivité du regardeur et, par conséquence, celle de la liberté du créateur. Formé à l’Erg, Antonin est vidéaste, cinéaste, installateur. Et passionné par la représentation du mouvement, et sa reproduction. Confronté au montage rapide d’images disparates, il sait que le cerveau de chaque spectateur sélectionne différemment les informations perçues. C’est, au départ, ce phénomène physique – la persistance rétinienne – qui constitue son matériau. Aujourd’hui, les images scrubbées, stroboscopiques et projetées en vidéo sur les sculptures blanches, le sont à l’aide de techniques largement inspirées du cinéma d’animation. Créées pour la plupart à partir de dessins, elles donnent vie aux personnages dans une mise en scène qui se veut narrative tout en laissant une place – notamment par l’abstraction – aux altérations nées de la sensibilité propre à chaque visiteur.

Infiltrer l’installation. Pénétrer un espace où les silhouettes s’agitent sans bouger et dialoguent sans mots. Vriller nos yeux sur leurs faces de lune. Comprendre qu’ils hurlent à l’unisson une seule question. Qu’ils nous racontent une seule histoire. Se prendre l’émotion en pleine figure. La leur ou la nôtre ?

Antonin De Bemels est sculpteur. Il fabrique des masques depuis l’enfance, dans l’atelier de son père, peintre, scénographe, artisan, qui lui prodiguera longtemps de précieux conseils. Le masque porte en lui un triple rapport au monde. Il est immédiat, il est média, il est réflexif. Immédiat, il cache et donc affranchit celui qui le porte : c’est la licence du carnaval et c’est le pseudonyme – ceux d’Antonin sont Bonhomme Daniel, Petite Porte ou Bonhomme de Bronze et le libèrent des étiquettes. Média, le masque crée du lien entre porteur et spectateur : comme le prisme à travers lequel la lumière blanche révèle les couleurs du spectre, il retient les expressions du monde, puis nous les livre, et sur les faces vides de cet étalage étrangement familier, nous ne voyons jamais que nous-mêmes. Réflexif, le masque nous questionne et nous trouble, quelle est cette question qui me submerge ? Il installe un dialogue de soi à soi.

Suivre l’installation. De l’œil et du tympan. Se souvenir des dioramas des musées de notre enfance. Laisser image et son créer une tension entre les sculptures. Ecouter le son de leurs conversations. Que disent-elles ? 

Vidéaste, sculpteur, Antonin est aussi musicien et compositeur. De toutes les disciplines artistiques, la musique est la moins discursive : elle s’adresse directement à l’émotion. Cohérent, Antonin De Bemels propose un paysage sonore électronique expérimental permettant à chacun de créer son histoire. 

Venir de bonne humeur, venir un peu nerveux, revenir. Passer en coup de vent, pressé, ou s’attarder, curieux, en paix. Se taire, s’absorber, puis s’épancher pour vidanger un peu ce flot de nous-même qui fait déborder le vase. Observer et se sentir observé… Venir pour découvrir, puis revenir pour assister à l’enregistrement d’une émission radio conçue par l’artiste. Etre là le jour de la projection des films sélectionnés par lui… les expériences que nous propose Antonin De Bemels au Clignoteur sont uniques et chaque fois différentes. Plus qu’à chacun d’entre nous, elles parlent à celui, celle, que nous sommes ce jour, cette heure, cette minute. Un rendez-vous en somme.

(L. Baud’huin – Août 2017)